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Lier l’évaluation des élèves à une théorie de l’apprendre


Les théories de l’apprendre servent à décrire la façon dont les élèves apprennent. Elles correspondent à différentes conceptions des connaissances et des évaluations qui leur correspondent. On peut les regrouper grosso modo en :

  • Béhaviorisme

  • Développement cognitif

  • Constructivisme social

  • Intelligences multiples

  • Approches du traitement de l'information

et du cerveau

Ces théories défendent des idées différentes de l’évaluation et de son rapport aux apprentissages des élèves.

Le béhaviorisme

Le béhaviorisme considère l’apprentissage en termes de preuves comportementales à partir d’habitudes et de réflexes moteurs et il sépare le cerveau du comportement pour expliquer les apprentissages. Le chien salivant à la suite du stimulus provoqué par une cloche, selon le psychologue Pavlov, en est une excellente démonstration. Selon cette théorie, les comportements sont conditionnés par des moyens de récompenses (les louanges) et de sanctions (les punitions). Par conséquent, les tâches d’apprentissage sont divisées en autant de routines qui doivent être maîtrisées de manière séquentielle par la pratique ou la mémorisation. En termes d’évaluation, cela revient à émettre des jugements sur des comportements observables, en renforçant les comportements désirés et en essayant d’éradiquer les comportements non-désirés par l’enseignant. Les techniques d’évaluation sont le plus souvent construites sous la forme de questions-réponses, à choix multiples ou des tests vrai-faux. Si l’élève réussit l’évaluation, il est alors possible de passer à l’étape suivante.

Développement cognitif

Inspirée par les idées de Piaget, cette approche s’oppose au béhaviorisme et s’intéresse à la maturation des habiletés cognitives des élèves, selon différentes étapes du développement à travers lesquelles le cerveau est mobilisé dans des interactions avec les autres enfants ou adultes. Les activités mentales développées par l’enfant, reconnues comme des opérations, changent avec l’âge, et peuvent varier d’un individu à l’autre. Passer de l’enfance à l’adolescence ne veut pas dire que l’élève connaît plus de chose mais que s’opèrent des changements dans sa façon de penser. L’apprentissage est donc un principe actif à travers lequel l’individu donne sens à son environnement par des expériences personnelles. En termes d’évaluation, cela implique qu’elle doit être adaptée au niveau cognitif des élèves et à leur développement. Cette connaissance du développement cognitif permet à l’enseignant d’adapter le travail scolaire demandé aux élèves.

Constructivisme social

Le constructivisme social part du principe que l’apprentissage prend place dans les interactions avec d’autres en construisant un sens commun de l’apprendre. D’après le travail du psychologue russe Vygotsky, le langage est central dans le développement pour faciliter la pensée mais aussi la zone proximale de développement par laquelle l’élève s’engage dans la résolution de problèmes selon une guidance par l’adulte et une collaboration avec des pairs plus capables. Les discussions entre les élèves qui apprenent ensemble sont aussi valorisées dans les travaux du psychologue américain Jérôme Bruner qui postule que le développement des structures cognitives permet à l’enfant d’élaborer des idées plus complexes à différentes étapes de sa scolarité. Il considère que l’organisation des contenus scolaires devrait être spiralaire en permettant aux élèves de réviser régulièrement leurs acquis pour un plus grand développement. En termes d’évaluation, cela veut dire faciliter le travail des élèves en groupe, écouter leurs discussions, et les aider à développer leur réflexion sur les apprentissages en privilégiant l’évaluation formative.

Les intelligences multiples

Le travail d’Howard Gardner, à partir d’une critique des tests d’intelligence, met en valeur la multiplicité des formes d’intelligence (verbale-linguistique, mathématique, musicale, visuel-spatiale, etc.) qui rendent compte de formes variées d’apprentissage chez les êtres humains. Dans la classe, les évaluations doivent être adaptées à ces différents formats au-delà des approches classiques de l’évaluation sommative ou formative, les enseignants devant être attentifs aux styles d’apprentissage ou préférences d’apprentissage des élèves.

Les approches du traitement de l'information et du cerveau

Les premiers travaux sur l’intelligence artificielle ont cherché à comprendre comment l’apprentissage pouvait être décomposé en une série de « règles » à l’image d’un ordinateur programmé pour une série de tâches. Ce modèle computationnel de l’esprit caractérise l’apprentissage selon trois étapes : le codage d’après lequel l’information est saisie de manière sensorielle pour être stockée, le stockage où l’information est stockée à court ou à long terme, l’extraction quand les informations apprises sortent du stockage. Avec les neurosciences, de nouvelles approches ont considéré la façon dont l’information pouvaient être utilisée plus efficacement afin de maximiser le potentiel des apprenants. L’implication en termes d’évaluation est que l’évaluation formative est essentielle pour les phases de codage et de stockage, et que l’enseignement et l’apprentissage sont fortement interreliés dans l’extraction.

A la lecture de ces théories, il apparaît que ces approches différentes cherchent à expliquer souvent la même chose, à partir de perspectives différentes, et que les enseignants utilisent tout ou partie de ces références théoriques dans la classe, parfois sans même le savoir.

Source: James, M. (2006) Assessment, teaching and theories of learning, in Gardner, J. (ed) Assessment and learning. London: SAGE.

#Evaluation #Apprentissage #Enseignement